Le meilleur du cinéma gratuit : Tetsuo

02.29.12 | Réagir

La semaine dernière, les génies de chez Network Awesome ont ajouté à leur archive Tetsuo, le film culte de Shinya Tsukamoto, et on vient seulement de s’en rendre compte ! La qualité est… Youtube, quoi, et la vidéo est tronçonnée, ce qui peut casser l’ambiance, mais pour ceux qui ne l’ont jamais vu, c’est une expérience à vivre. 1h07 de pseudo-narration, de sang et de rouille, de pixilation et de pénis-perceuses fusionnés en un commentaire ultrabizarre sur la postmodernité et le rapport des hommes à la technologie. En gros, Crash, mais tourné avec 3,50 balles, sur plusieurs années, par un Japonais malade. Enjoy.

George Whitman est mort, vive Shakespeare & Co.

12.15.11 | 1 Commentaire

George Whitman, le créateur de la célèbre librairie anglophone de Paris Shakespeare & Co., vient de s’éteindre à l’âge de 96 ans. La librairie, dans laquelle il abritait des écrivains sans le sou en échange d’un peu de travail journalier, était devenu un carrefour où de jeunes auteurs des quatre coins du monde venaient faire l’expérience de la vie de bohême immortalisée par le roman de Hemingway A Moveable Feast (Paris est une fête). Ce lieu marquant des quais de Seine, « repaire d’anarchistes déguisé en librairie », a fait l’objet en 2003 d’un documentaire, visible gratuitement sur Google Videos :


« In 1951, George Whitman opened a bookshop-commune in Paris. George, 92, still runs his « den of anarchists disguised as a bookstore, » offering free, dirty beds to poor literati, cutting his hair with a candle and gluing the carpet with pancake batter. More than 40,000 poets, travelers and political activists have stayed at Shakespeare and Company, writing or stealing books, throwing parties and making soup or love while living with George’s generosity and fits of anger. Illustrious guests include Henry Miller, Anaïs Nin, Jacques Prévert, Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso, Lawrence Ferlinghetti, James Baldwin and Richard Wright. Welcome to the makeshift utopia of the last member of the Beat Generation. » IMDB

« Dans l’ensemble, les écrivains français viennent de la bourgeoisie ou de la petite bourgeoisie, enfin de familles aisées où en a le temps d’écrire. Aux Etats-Unis, nous avons beaucoup d’auteurs qui sont des gens ordinaires, comme John Steinbeck. Ils sont un peu moins intellectuels que les Français : Baldwin était un fils de prêcheur et a un peu prêché lui-même. Il mangeait ici de temps en temps, on était d’assez bons amis, mais je ne me suis jamais senti vraiment proche de lui, pas comme avec Richard Wright. Richard et moi étions tous les deux membres du Parti Communiste, nous avions la même devise, ‘Live for Humanity’. »
George Whitman

Laissez-nous la TVA à 5,5% sur les livres !

11.18.11 | 2 Commentaires

Le blog est en pause, actuellement, car nous travaillons à des projets parallèles, mais l’actualité nous oblige à une petite entorse.

La nouvelle a fait grand bruit dans le petit monde du livre : le plan de rigueur de M. Fillon prévoit de remonter la TVA de 5,5% à 7% sur tous les produits actuellement taxés à cette hauteur, à l’exception de l’énergie, l’alimentation et les services aux handicapés. La TVA sur le livre va donc augmenter au 1er janvier 2012, au moment même où tous s’inquiètent déjà de la désertion des librairies, de la raréfaction de la présence littéraire dans les médias, et plus généralement du désintérêt général pour le plus important vecteur de la pensée humaine.
Évidemment, au premier abord, cette augmentation d’1,5% peut sembler dérisoire, mais dans le climat d’extrême fragilité économique qui frappe le livre, les conséquences de cette décision seront catastrophiques. Car l’augmentation des coûts de fabrication et la baisse des ventes moyennes de chaque ouvrage, ont poussé les petits et moyens éditeurs au point de non-retour, au prix de vente en-dessous duquel il est impossible de survivre, et au-dessus duquel les lecteurs risquent de ne plus franchir le pas. Le prix d’un produit culturel fonctionne par seuils psychologiques, et franchir un seuil suffit à impacter violemment les ventes d’un ouvrage. Or sur un livre à 19,90 euros, 1,5% représente 30 centimes. Donc soit l’éditeur conserve le même prix, et sacrifie 30 centimes fois le nombre d’exemplaires mis sur le marché, ce qui serait fatal à un bon nombre de structures peu commerciales. Soit le prix augmente, passe de 19,90 à 20,20, au risque de franchir le fameux seuil psychologique et de pousser un peu plus de lecteurs hors des librairies indépendantes et dans les grandes surfaces « culturelles » où ils sont nombreux à avoir l’impression de payer moins cher. Parmi les observateurs du milieu, beaucoup prédisent une hécatombe parmi les petits éditeurs et petites librairies.

Mais alors pourquoi ? Comment le gouvernement a-t-il pu décider que le secteur du livre dans son ensemble méritait d’être mis en grave danger pour la somme dérisoire de 60 millions d’euros, soit un tiers de ce que coûte l’avion présidentiel, caprice à 180 millions d’euros de M. Sarkozy ?
La raison n’est probablement pas à chercher du côté de l’économie, mais de la communication politique. Le plan de rigueur a pour but de montrer que le gouvernement actuel est un véritable bataillon de crise, capable de prendre les décisions difficiles quand il le faut. Il va donc chercher l’argent dans les secteurs qui ne sont pas capitaux aux yeux de l’électorat. Et c’est d’ailleurs ça le plus triste. Le gouvernement n’a en tout probabilité pas sacrifié le livre parce qu’il le méprise, mais parce qu’il a pris acte du mépris de « l’opinion publique » pour toutes les choses de l’esprit.
A l’échelle de notre civilisation, en effet, les premières victimes de la crise sont les valeurs immatérielles. La proximité de la misère a achevé l’évolution de la société française vers une conscience purement matérialiste, un environnement intellectuel dans lequel la culture est un luxe superflu, dont la plus haute ambition devrait être de détendre et de divertir le travailleur après une dure journée de labeur.
Un monde sans âme, dans lequel une publicité réussie aura plus d’impact que n’importe quelle œuvre d’art, dans lequel un film comme Intouchables peut faire des millions d’entrées sur le concept rétrograde qu’un jeune de quartier populaire sera forcément inculte, mais dans le sens glorieux du terme, faisant remarquer avec son bon sens d’un autre temps que l’art contemporain, c’est de la connerie, que l’opéra, c’est chiant, mais qu’avoir un jet, c’est trop cool.

Forcément, dans ce contexte, qui s’inquiète de la disparition des librairies ? Il n’est pas rare de lire en commentaire d’un article alarmant qu’on s’en passera comme on se passe déjà des disquaires. C’est vrai, quoi, Lady Gaga n’a pas besoin des disquaires pour avoir des millions de fans sur Facebook. Et qu’importe si 50 « artistes » se partagent les ventes ? Pas besoin de plus, la diversité, c’est encore une valeur de bobo.
Sauf que la littérature est le miroir de son époque. Abandonner la diversité aux lois du marché, c’est faire le jeu de la grande distribution, du pouvoir économique, c’est prendre fait et cause pour l’argent contre la vie. Car il y a moins d’émotions, d’intelligence et d’avenir dans tout le rayon livre d’un hypermarché que sur une seule étagère de librairie indépendante. Voilà à quoi sert la TVA à 5,5% sur le livre. Voilà ce que nous nous battons pour défendre.

Pour signer la pétition, rendez-vous ici.

Que reste-t-il à sauver dans l’animation japonaise ?

08.17.11 | 2 Commentaires

On continue notre tour un peu accidentel de l’industrie culturelle japonaise (après la bande dessinée et le cinéma) par un coup d’œil à l’animation télévisuelle. Le célèbre scénariste Dai Sato, à qui l’on doit la qualité narrative de séries aussi cultes que Cowboy Bebop, Wolf’s Rain, Ergo Proxy ou Ghost in the Shell : Stand Alone Complex (et dont la dernière œuvre parue en France est Eden of the East, chez Kaze), a récemment évoqué son désespoir face à l’état de la production japonaise d’animés.

Ergo Proxy

Il explique que le « Cool Japan », terme censé traduire la renaissance culturelle du pays sur la scène internationale, n’est qu’un slogan vide de sens inventé par les gouvernements successifs pour caresser le nationalisme nippon dans le sens du poil. Pour lui, l’idée d’une création typiquement japonaise est morte quand les studios se sont mis à sous-traiter des étapes de plus en plus nombreuses de la production à l’étranger. Refusant d’enseigner leurs techniques d’écriture à leurs partenaires asiatiques, par fierté nationale et par crainte d’une concurrence future, les tenants à l’écart des décisions artistiques, ces studios empêchent les travailleurs de s’impliquer réellement dans leur travail et la première victime de cette attitude aussi mesquine qu’irresponsable est la qualité générale des dessins animés.

Mais c’est surtout aux fans qu’il attribue la baisse de qualité de la production. D’après lui, les otakus ne sont pas le public éclairé et pointu qu’on a, à une époque, prétendu qu’ils étaient. Ils ne cherchent pas de niveaux de lecture sous-jacents, n’apprécient pas les récits complexes, ils ont le même rapport superficiel aux œuvres que le grand public. Plutôt que d’entendre parler du chômage, ils veulent suivre des lycéennes qui créent un groupe de pop. Sato ne condamne pas le fan-service en soi, car il reconnaît que le désir est un moteur créatif et que de nombreux professionnels de l’animation sont issus de l’érotisme, selon un chemin de carrière caractéristique des industries culturelles nippones. Mais il condamne les créateurs, horriblement nombreux, qui se concentrent sur le fan-service au détriment de l’intrigue. Même les décors sont des clichés touristiques qui, à nouveau, nourrissent le sentiment de fierté nationale plutôt que d’offrir une représentation fidèle du pays. Dans l’ensemble, la volonté des créateurs de ne satisfaire que les attentes les plus basses du public rend les animés plats, voire idiots.

Haruhi SuzumiyaDe jolies filles et une imagerie inoffensive, c’est la recette du succès de Haruhi Suzumiya

La conclusion de Sato, c’est que les idéaux progressistes de la génération des années 60 sont morts. « Miyazaki était communiste », rappelle-t-il, « il cherchait à combattre le système par le biais de l’animation. » Aujourd’hui, le milieu de l’animation japonaise est devenu réactionnaire, aussi conservateur que les œuvres qu’il engendre, et faire quelque chose de différent est devenu extrêmement difficile. Résultat, seul le manga conserve encore un semblant de liberté, grâce au peu de moyens nécessaires pour créer une bande dessinée en noir et blanc, et c’est pourquoi les autres industries culturelles du pays, que ce soient le cinéma, l’animation ou même la littérature, piochent aussi abondamment dans ce réservoir d’intrigues.

Mais ça ne veut pas dire que l’histoire de l’animation s’est arrêtée. Sur le plan artistique, l’effervescence continue, grâce à de nouvelles générations d’animateurs aux styles puissants et au ton, sinon engagé, parfois très impertinent. Alors que l’animation, par analogie avec le manga, a longtemps été considérée comme un médium centré sur la narration, on trouve aujourd’hui des projets très intéressants basés presque exclusivement sur des concepts plastiques (comme l’étonnant Panty & Stockings with Garterbelt, un Supers Nanas trash qui représente pour le réalisateur Hiroyuki Imaishi une réflexion sur le style « super flat »). Pour comprendre cette évolution, et comment les contraintes économiques tout autant que les méthodes de travail ont donné forme à une longue généalogie de styles visuels purement japonais, il faut prendre le temps (50 minutes qui filent à toute allure) de regarder cette passionnante conférence au Anime Central 2011 : That Scene was Awesome: Japan’s Iron Animators.

Toutes les vidéos de la conférence sont disponibles sur le site Wildgrounds qui est, par ailleurs, la source directe ou indirecte de toutes les informations contenues dans cet article.

Un Festival de fanzines à Paris !

08.16.11 | Réagir

L’association Papier Gâché organise du 1er au 22 octobre un festival de l’auto-édition graphique. Tout-le-monde peut participer, il suffit d’envoyer un exemplaire de sa production au siège de l’association (51 rue Pixérécourt, 75020 Paris) avant le 1er septembre. Les travaux seront exposés à la Médiathèque Marguerite Duras du 1er au 22 octobre, puis rejoindront le catalogue de la médiathèque (la plus grande de Paris depuis son ouverture en 2010), où ils seront empruntables. Les premiers travaux reçus par l’association ont été postés sur leur blog, et certains viennent littéralement de l’autre côté de la planète. De quoi juger de la variété de la production de fanzines dans le monde, mais aussi de leur étonnante proximité d’esprit.

“Kart Magazine” et “Hermetic Collages” de David Dellafiora

“Kart Magazine” et “Hermetic Collages” de David Dellafiora

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